déc 07 2008
Le vendredi, c’est Star Ac’

Paris est connu pour ses microcosmes : le quartier latin, le China town, Barbès… Il en est un qui sort un peu de l’ordinaire de par son éphémérité (sic). Il s’agit d’une petite rue qui relie la place de la République au Marais : la rue Charlot. Depuis quelques temps, une certaine agitation règne au bout de la rue. Les sans papiers qui occupent la Bourse du Travail ? Non ! Mieux que ça : la Star Academy !
On savait l’année dernière compliquée pour l’émission la plus populaire d’Endemol. C’est une des raisons pour laquelle le château perdu avait été remplacé par une jolie demeure en plein cœur de Paris : proximité avec les fans, les presses etc. Depuis l’ouverture des portes et des caméras en septembre, c’est l’effervescence dans les quartiers entre les habitants dits éplorés et les fans qui grouillent parmi les curieux qui passent. Certains s’arrêtent, se prennent en photo devant la grande porte en bois pour dire « j’y étais, j’étais (presque) à la télé ». De temps en temps, quelques jeunes filles campent une heure ou deux dans l’espoir de rencontrer leur étoile filante préférée aller faire du jogging, puis partent l’âme en peine en se disant que « c’est pas grave, Nikos nous les présentera ce soir… ».
Mais il est une journée pas comme les autres dans ces semaines télévisuelles : le vendredi. Jour sacré –et du poisson- chez les catholiques, le vendredi est jour de prime time pour les cathodiques. On attend la star-invitée du soir devant son hôtel, et à 20H50 précises, on se pose bien chaud dans son canapé pour deux heures de spectacle télévisuel à faire frémir Florence Foster Jenkins. A peine l’émission terminée, le 12 rue Charlot devient lieu de pèlerinage pour de nombreux parisiens prêts à attendre par une température à peu prêt équivalente au QI de Christophe Dechavanne. Devant la porte close de la demeure, on discute, on parie. Qui va donc sortir ce soir ? Quelques minutes d’impatience après, le verdict tombe avec l’arrivée d’une demoiselle d’une vingtaine d’années qui, elle, a eu le temps de regarder l’émission jusqu’au bout : c’est Joanna qui sort, laissant sa place à Mickels. Stupeur dans les fans présents ! « J’aime bien Mickels, mais quand même, Joanna… » lance fébrilement Fatia, une jeune habitante du quartier. Même réaction chez les trois adolescentes venues avec leurs parents d’Evry. Mais le vote de ce soir, c’est déjà du passé. Tandis que quelques autres passants s’arrêtent de passer, curieux de voir toute cette agitation, les pronostics pour la seconde demie finale fuse : « Gautier doit gagner, Alice elle est trop conne » analyse consciencieusement Emilie. Thierry, un habitué des vendredis soir de 42 ans est plus réservé, « moi Alice je la trouve vraiment belle, je pense que même si elle contre Mickels en final, elle gagnera ». Mais c’est Karine qui trouve la conclusion qui mets tout le monde d’accord en affirmant que « de toute façon, Alice a toujours a été sauvée par le public, donc le public la fera gagner ». Effectivement…
Aux environs de minuit, alors que les discussions s’atténuent pour laisser place à l’excitation, une voiture arrive dans la rue. « C’est eux ! ». En fait non, c’est juste un régisseur et un caméraman qui arrivent. « Ca veut dire qu’ils vont arrive ». Surement, en effet… Les voisins arrivent aussi, notamment les sympathiques propriétaires du F&B, le restaurant qui jouxte de l’Academy qui avait fait sa pub au moment des polémiques de l’installation dans le quartier en disant que cela allait gêner sa clientèle. Malgré la pluie qui comment à tomber, les plus jeunes comme les plus vieux continuent à discuter, pour se passer le temps. Certains sont là depuis prêts de trois heures déjà…
« …moi je suis dans le cinéma. D’ailleurs je suis en train d’adapter un film sur la Star Ac’. Enfin, je vais voir, parce que je pense qu’ils vont me demander beaucoup pour avoir le droit d’utiliser le nom ». Lui, c’est Georges. Un abonné du vendredi soir également. Il aime distribuer ses conseils pour obtenir un regard, une photo ou un autographe. « Regarde, mets toi, juste là, mais pas trop prêt de la porte, comme ça, t’es sur qu’il va passer devant toi ». A peine le temps de finir sa phrase, le gros van gris avec les 3 candidats à bord arrive. Alice, Gautier et la star du soir, Mickels, débarquent –devant les caméras- dans la rue Charlot sous les hourras des fans et les regards interloqués des passants –pour ceux qui n’auraient toujours pas compris ce qu’il se passait ici…-. En quelques secondes, après avoir signé quelques papiers et pris quelques photos, les trois candidats s’engouffrent dans la cour de l’Academy pour une bonne nuit…

Sur le trottoir, on sourit, on regarde ses photos, on admire son autographe. Certains sont déçus, ils n’ont rien… Enfin pas tout à fait. Chacun repart tout de même avec la satisfaction d’avoir été là, d’avoir vu, lui là, celui de la télé et d’avoir été pendant quelques instants une personnalité à part entière du monde cathodique. On s’embrasse, on se serre la main et surtout on se dit « à la semaine prochaine ».
